#4 Le Green Village

par Romain Mailliu
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Enfant des bidonvilles

Nous sommes le 14 août 2019 et le soleil est déjà haut dans le ciel quand le bus climatisé et sonorisé nous dépose, notre équipe de volontaire LP4Y, à Calauan. Je saute dans un tricycle, une sorte de taxi tout terrain qui s’organise autour d’un chauffeur sur une moto et d’une roulotte attachée à celle-ci. L’objectif est d’y faire monter un maximum de passager. Cette fois nous sommes 5, la performance n’est pas terrible. Il n’est pas rare de croiser des familles de 7 sur un tricycle. Tout est une question d’équilibre.

 

4 murs et un toit

 Nous quittons la route principale qui semble être l’artère de la ville et nous plongeons dans une végétation plus luxuriante. Des petites maisons – 4 murs et un toit – sont en construction. On se croirait dans une usine, chaque maisonnette est construite à l’identique, en ligne, attachées les unes les autres sur plus environ 500 mètres. Ce sont les futures habitations des familles délogées des bidonvilles de Manille.  Le gouvernement poursuit un grand plan de réhabilitation pour « lutter contre la précarité des bidonvilles de la capitale » et offre aux familles ces petits habitacles. L’intention ne semble pas si mauvaise mais quelques problèmes demeurent : dans la jungle de Calauan, il n’y a pas de travail et les conditions de vie y sont particulièrement rudes (décharges à ciel ouvert, pollution, maladies…). 50% des Jeunes ne terminent pas le lycée et se retrouvent souvent confrontés à la prostitution et à la délinquance.

 

Bidonvilles

 

Le Green Village

Pour répondre à cette urgence, LP4Y a lancé en 2013 la construction du Green Village en expérimentant des technologies et modes de vie respectueux de la nature et duplicables par les communautés locales. Chaque jour, 60 Jeunes et 21 ouvriers-formateurs travaillent ensemble à la construction de cet endroit où plus de 14 bâtiments en bambou accueillent des formations, sont les lieux de vie de l’équipe encadrante, une salle informatique, des ateliers, etc. Les Jeunes de Green Garden sont responsables du fonctionnement écologique : paysagisme, traitement des eaux, recyclage, toilettes sèches, production de compost.

 À terme, avec comme « target » fin 2019, le Green Village sera également une terre d’accueil pour l’organisation de séminaires et de colloques spécialisés sur l’insertion professionnelle des Jeunes, l’entrepreneuriat social et la protection de l’environnement.

 J’installe mes affaires sur mon lit en bambou, je ferme la porte en bambou et je me dirige vers une training room en bambou. Des volontaires déjà en poste depuis 6 mois nous expliquent le fonctionnement et l’organisation de la semaine avec les youth : WORK ; GUIDE ; LEARN . Le programme est chargé et ne nous laisse pas le temps de penser à mille et une choses… tant mieux. Pour en savoir plus sur la pédagogie et les objectifs de LP4Y pour lutter contre l’exclusion des jeunes, rendez-vous sur mon précédent article ici.

 

Green Village

 

Des sourires, toujours des sourires

Après un repas végétarien servi sur une table en bambou, nous partons rendre visite aux communautés qui vivent autour et avec le Green Village. Les youth, sourire jusqu’aux oreilles nous font visiter leurs maisons. La journée est rythmée par les averses puissantes et rapides et les enfants qui nous tendent la main les 5 doigts écartés pour nous faire des « take five ».  Nous déambulons dans ces banlieues aux frontières de la jungle où les sourires sont sur tous les visages qui croisent nos regards. On nous invite manger quelque chose, partager une peu d’eau, nous dansons dans la rue en terre battue avec des enfants. Nous jouons au basket sur un terrain offert par une ONG avec les jeunes qui enchaînent les 3 points comme j’enchaine les fautes.

Les maisons sont généralement composées d’une pièce, parfois de deux, d’un toit, parfois pas, et presque toujours d’une télévision. Des familles de 3 générations y vivent et partagent le peu d’espace au sol le jour comme la nuit. Ici on dort par terre, on mange par terre, on rit par terre, on accueil par terre et on sourit par terre.

Tout semble déconnecté des repères qui étaient encore les miens 2 semaines plus tôt. Adieu la ligne 6 du métro parisien, le mémoire sur les technologies intelligentes et la cravate attachée en urgence dans l’ascenseur d’une banque. C’est à la fois terrifiant et rassurant. Je n’ai jamais vu autant d’exclusion et autant de sourires.

 

Jeunes des bidonvilles

 

La welcome week

 

“Pour atteindre l’objectif final, je me concentre d’abord sur la préparation.”

David Douillet

 

 Cette “welcome week”, passage obligatoire pour les volontaires LP4Y, durera une dizaine de jours. L’objectif est de nous faire découvrir la réalité du terrain et d’expérimenter concrètement la position qui sera la nôtre auprès des youth pour les 13 prochains mois. Certains d’entre nous resteront aux Philippines, d’autres partiront en Inde, au Vietnam, ou comme moi en Indonésie. Nous aurons tous la même mission, lutter contre l’exclusion des jeunes des bidonvilles en les accompagnant à gérer une activité économique et à décrocher un travail décent.

Par ici pour découvrir les photos du Green Village !

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