#7 Un mariage “Dangdutan”

par Romain
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Mariage Indonésie

Fiqih est en retard. Le rendez-vous que nous avions fixé était à 18h30. Il est 19h et notre guide n’est toujours pas là. 4 youths (les jeunes que nous accompagnons avec LP4Y) et Sarah (volontaire) m’ont rejoint et nous attendons ensemble accroupis au bord de la route. C’est la position de “repos” universellement adoptée en Indonésie. Il faut dire qu’elle ne nécessite ni chaise, ni banc, aucune structure à part une paire de jambes et une paire de fesses. 

 Un cuisinier ambulant pousse sa “cuisine” à roulette et 2 youths s’achètent des meatballs (boulettes de viande pour mes amis polyglottes). Fiqih n’a pas de portable donc impossible de savoir s’il est déjà sur la route, s’il a oublié notre rendez-vous ou s’il a été kidnappé par les Américains afin d’incarner le prochain super héros Marvel. 

 J’ai ma petite idée et elle n’a rien à voir avec les Américains. 

 

Cilincing

 

Mais qu’est-ce que le temps après tout ?

 Mais qu’est-ce que le temps après tout ? Je vous propose deux solutions pour réunir modestement quelques clés vers cette réponse tant convoitée. 

 

 La solution académique : 

 À la recherche du temps perdu, couramment évoqué plus simplement sous le titre La Recherche, est un roman de Marcel Proust, écrit de 1906 à 1922 en sept tomes, dont les trois derniers parurent après la mort de l’auteur. Plutôt que le récit d’une séquence déterminée d’événements, cette œuvre s’intéresse non pas aux souvenirs du narrateur mais à une réflexion psychologique sur la littérature, sur la mémoire et sur le temps. 

 Cependant […], tous ces éléments épars se découvrent reliés les uns aux autres quand, à travers toutes ses expériences négatives ou positives, le narrateur (qui est aussi le héros du roman) découvre le sens de la vie dans l’art et la littérature au dernier tome. (Source : Wikipedia

 

Une heure n’est pas qu’une heure, c’est un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats

Marcel Proust

 

 

La solution expérimentale : 

 Le Volontariat de Solidarité internationale (VSI) […] a pour objet « l’accomplissement d’une mission d’intérêt général à l’étranger dans les domaines de la coopération au développement et de l’action humanitaire ». 

 Le VSI participe à l’apprentissage du volontaire, il lui permet d’exercer des responsabilités et d’affirmer ses compétences, ses aptitudes dans un contexte interculturel. En ce sens, il permet de se réaliser au plan tant humain que professionnel. (Source : France Volontaire

 

“Avant mon volontariat, chaque seconde de retard était pour moi une aiguille qu’on me plantait dans la plante du pied. Aujourd’hui, le retard est une formidable occasion que m’offre la vie afin d’ouvrir mes yeux et prendre conscience de la beauté du monde. “ 

Romain Mailliu – Volontaire en Indonésie avec la DCC et LP4Y

 

 Et je vois au loin, à 7h15, Fiqih arriver avec un sourire joyeux : 

 “Sorry Coach Romain, I’m late!

– Be careful Fiqih, life won’t be waiting for you!” 

 

Le chapiteau d’or

 Nous prenons un Grab (Uber Asiatique) et nous partons vers Jalan Lagoa, à une dizaine de kilomètres de Cilincing. Notre pilote s’aventure dans des ruelles de plus en plus étroites et faute de ne pouvoir aller plus loin, il finit par nous faire descendre. Nous suivons Fiqih dans ce dédale ruelles et peu à peu, une énergie commence à se faire ressentir. Des enfants nous poursuivent en riant, les scooters nous évitent en klaxonnant, et nous débouchons dans un grand boulevard comme le sang rejoint une artère. 

 Mais à une centaine de mètres plus loin, voici le boulevard est bloqué par un immense chapiteau tissé de fils d’or. Devant cette étrange bâtisse, Dandel, un youth fraîchement recruté, nous accueille et nous entraîne sans attendre à l’intérieur. Ce soir a lieu le mariage de son grand frère et j’imagine qu’une rapide présentation est de coutume. Et bien pas seulement. Tout s’accélère, la foule du chapiteau se précipite vers ces étranges invités et là commence l’acclamation.

 

Mariage Indonésie

 

J’ai l’impression de descendre les Champs-Elysées avec Mbappé et Griezmann, la coupe du monde dans les bras. Je ne saurais estimer le nombre de personne qui se précipite à nos côtés pour nous saluer et prendre des photos mais assez pour que cela soit hors du commun et un peu anxiogène. “Lâcher prise” m’a-t-on répété pendant mes formations au volontariat, alors je lâche prise et je profite de ce moment particulier. 

 Avec Sarah, nous suivons donc le mouvement de la file qui nous entraîne, dans l’ordre, saluer les mariés et leur famille, nous servir généreusement au buffet, nous asseoir pour manger en première ligne de la célébration et, clou du spectacle, nous sommes invités sur la scène avec les musiciens et les chanteurs Dangdut. 

 

Mariage Indonésie

 

Laissez-moi mourir sur scène 

 Les musiciens arrêtent de jouer, la chanteuse sort son smartphone pour un selfie, la foule s’installe face à nous et les mariés nous regardent avec un désagréable sentiment de : ”et maintenant ?”  Je trouve Sarah du regard, elle me fait de grands yeux, ceux qu’on utilise généralement quand on est dans une situation délicate. 

 Intelligence émotionnelle, aide-moi ! Qu’attendent-ils de nous ? La foule est toujours aussi silencieuse, je croise le regard d’un youth, qui m’aperçoit, et qui rigole discrètement…  Prendre la fuite ?  Il n’y a qu’un micro qu’une chanteuse dans une robe moulante à paillette ne semble pas vouloir lâcher, tant mieux. 

 Les doigts d’un musicien viennent frapper d’un coup sec le bord de la peau d’un tambour, je crois reconnaître le début de Entre Dos Aguas de Paco de Lucia. Une guitare s’élance, suivie d’un synthé, d’une flûte et notre chanteuse entame les paroles d’un véritable hit indonésien : Zapin Melayu

 J’oublie la foule, les mariés, les lumières, les musiciens et la chanteuse et ne pensant qu’à la musique, je la laisse habiter mon corps, s’exprimer, et je me mets à danser. 

 

La passion est une maladie terriblement contagieuse 

Le succès ne se fait pas attendre, la foule qui était pourtant si paisible il y a 5 secondes, semble comme entrer en résonance et se met à chanter et à danser. Des dizaines de smartphones sont braqués sur nous et immortalisent le moment. Les plus téméraires nous rejoignent sur scènes et, entraînés par le rythme endiablé des tambours, nous ondulons tous ensemble. 

  Je n’ai pas la prétention d’être un grand danseur mais j’entreprends cet exercice avec passion. Comme disait Madeleine Chapsal, “La passion est une maladie terriblement contagieuse.” Et ce soir, les sourires sont sur tous les visages. Allez faire sourire 300 personnes dans un mariage à Jakarta, vous verrez, ce n’est pas si simple.  

 

Mariage Indonésie

 

Dans le Grab du retour, je me demande si cette situation a vraiment eu lieu ou si ce n’est que le fruit de mon imagination. Pourtant les photos sur mon téléphone sont des preuves accablantes. Avons-nous bien fait de nous laisser entraîner comme cela ? Ne devions-nous pas faire figure basse, dans un mariage où nous ne connaissions personne et où personne ne nous connaissait ? 

 

“L’homme doit agir ; à la longue, l’inaction devient monotone.”

John Fante

 

 

Il n’a pas tort John Fante. Ça ira pour cette fois. 

 

Mariage Indonésie

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