Les fêtes de l’insignifiance : vers un monde en crise

par Tibovski
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Les fêtes de l’insignifiance

Si les fêtes de fins d’années peuvent évoquer joie et liesse dans nos foyers français, celles-ci marquent également les plus tenaces contradictions de notre civilisation.

Dans le cadre de mon intervention bi-mensuelle, je trouvais intéressant de me pencher sur le profond écart entre les valeurs et les pratiques qui caractérisent cette période. Rien de bien original ? J’en conviens. Plus précisément, je pensais traiter ce thème sous le prisme de sujets actuels. Par exemple en montrant comment la grève générale, plutôt que de gâcher l’esprit convivial des fêtes, comme le gouvernement et ses acolytes s’escriment à nous le faire croire, peut incarner la beauté du sacrifice joyeux, festif et collectif. En bref, je pensais finir l’année avec une touche de légèreté en célébrant des formes alternatives de festivité. 

Mais comme exprimé dans mon dernier billet, ces sentiments sont toujours de courtes durées chez moi… et le tableau s’assombrit…

Outre le constat amer que les “consciences écologiques et politiques éveillées” n’ébranlent pas un instant le système de surconsommation, l’actualité n’est guère plus réjouissante. En ce début de décennie, les événements récents semblent davantage annoncer la fin de quelque chose qu’un début. 

Les mouvements de contestations ne faiblissent pas dans le monde, ni pour autant la résilience des systèmes contestés. Ce qui traduit, à mon sens, une cécité grandissante des oligarques quant aux réclamations des peuples. Seule la répression est envoyée en réponse. On peut craindre pour l’état, déjà inquiétant, des libertés individuels dans ce monde. 

 

Une nature qui gronde

L’Indonésie connaît des inondations meurtrières probablement causées ou renforcées par la forte urbanisation de certaines régions. L’Australie est aux prises avec une catastrophe écologique terrifiante ; cette formidable réserve de biodiversité est actuellement ravagée par les flammes. Non seulement l’accélération des incendies est en partie causée par le réchauffement climatique, mais cette catastrophe aura un coût dévastateur pour l’écologie avec déjà 480 millions d’animaux morts et 250 millions de tonnes de CO2 dégagées. Ce genre de cercle vicieux est caractéristique de la dégénérescence des systèmes complexes

 

Donald got his gun !

Et enfin, le président américain, officiellement mis en accusation (“impeached”) – il est bon de le rappeler – a commandité l’assassinat du numéro deux de la république islamique d’Iran sans l’accord du congrès. Ce choix politique est particulièrement dangereux en raison d’une guerre froide qui se joue actuellement au Moyen-Orient et dans le monde entre l’Iran et l’Arabie Saoudite. Le déclenchement d’un conflit ouvert pousse le réseau d’alliance à se positionner et pourrait donc être à l’origine d’une guerre mondiale. Et cela est d’autant plus inconséquent que les raisons qui sont à l’origine de cette attaque sont relativement maigres.. Suite à l’attaque de l’ambassade américaine à Bagdad, Trump a accusé l’Iran d’être l’initiatrice de cette émeute. 

 

Ça sent le sapin…

En résumé en cette première semaine de l’année, le monde se meurtrit de multiples crises ; politiques, écologiques, diplomatiques. Seule une crise économique mondiale manque à l’appelle, quoi que. Pour autant, ces multiples crises sont l’effet d’un système économique particulièrement délétère qui broie hommes et nature dans la plus stricte indifférence. Et si l’économie partage avec écologie le terme oikos- celui qui désigne le foyer en grec, alors une économie qui accélère la désertification des écosystèmes, les inondations, l’instabilité politique et diplomatique mondiale est une économie en crise. Nous ne pouvons ignorer que les rapports internationaux sont presque exclusivement dictés et rythmés par des paramètres économiques. Le poids des Etats, les alliances et sanctions sont déterminés par ces mêmes règles. Et ce sont ces règles qui poussent certains pays à une industrialisation et à l’exploitation abusive des matières premières qui aggravent les conditions écologiques et climatiques mondiales. Bien évidemment les conséquences n’ont pas le même impact sur l’ensemble des territoires. Cette disparité repose sur des inégalités économiques qui elles-mêmes fondent et accroissent d’autres formes d’inégalités. Ainsi, je ne me contenterai pas de pointer l’incohérence de la surconsommation en temps de fête, mais plutôt l’ensemble de la machinerie qui construit culturellement ces comportements et ravage d’un même mouvement les conditions d’existences d’êtres vivants. C’est bien l’ensemble qui dérange. Ainsi en ces fêtes, “l’insignifiance” dans le titre dénonce bien le futile et la légèreté de ces célébrations, mais aussi la perte de la signification (au sens littéral d’insignifiant = qui ne signifie rien) des valeurs prônées par ces mêmes célébrations. 

 

Cela ne nous interdit pas de célébrer l’union, la charité dans le rapport à autrui. Bien au contraire c’est au nom même de ces principes que nous ne devrions pas ignorer la violence de l’organisation économique actuelle. Et c’est au nom même de ces principes que la situation actuelle me rend d’humeur si sombre ici. 

 

Bonne année tout de même ! Et à la prochaine quinzaine.  

 

Les fêtes de l’insignifiance

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Les fêtes de l’insignifiance : vers un monde en crise – We don't stop here 12 février 2020 - 12 h 34 min

[…] le titre d’un article dont je mets le lien ici. Dire que je suis d’accord avec ce qu’écrit l’auteur est un euphémisme. Oui, il […]

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