Christmas est une fête

par Vasco
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Me voilà Londonien depuis trois semaines. La toute première période de panique est passée. Je n’avais jamais ressenti un tel trouble. À mon arrivée, entre le week-end et la reprise du travail je me suis retrouvé hors de ma zone de confort

 

Une arrivée dans le brouillard

Ni en Inde, ni au Tibet je n’avais éprouvé une telle panique face à l’inconnu. Pourtant je ne suis qu’à 285 miles de Paris. Il faut dire que mon arrivée était chaotique. J’avais enchaîné un peu trop de pots de départ, verres d’adieu ou simples sorties samedicales. Si bien que la sortie de mon train à Saint Pancras était comparable à un bateau sortant du brouillard débouchant sur des récifs.

J’ai choisi de saisir une opportunité que je m’étais créée: partir à Londres travailler dans la construction en tant que conducteur de travaux. L’idée m’a paru bonne, améliorer ma maîtrise de la langue de Shakespeare auprès des ouvriers du bâtiment (on peut parler d’un oxymore). J’ai repoussé l’instant fatidique où je devrais orienter ma vie professionnelle en signant un “short contract”.    

Ma première journée au chantier fut laborieuse, voire désespérante. La barrière de la langue était trop importante, les accents trop acérés. Londres était trop grande, le soleil se couchait trop tôt à mon goût. L’underground était trop rempli. Mes amis étaient trop loin. Quelle idée de partir encore une fois apprendre un métier que je ne connais pas, dans une langue et une ville que je ne connais pas. 

 

 

Construire son quotidien 

Mais l’homme est un métazoaire remarquable, il apprend et s’adapte rapidement. On a tous recraché à un entretien d’embauche que nous étions doué d’une bonne capacité d’adaptation. Je suis pourtant réellement convaincu que cette capacité est inhérente à l’homme. Il suffit de forcer un peu le destin et de sortir de sa zone de confort pour déclencher son mécanisme interne.  

S’adapter c’est bien, mais qu’entendons nous par là ? Tout et rien à la fois. C’est réussir à créer une routine, à prendre ses marques. C’est apprendre et comprendre comment fonctionnent les gens. Quelle phrase doit jaillir quand on tient la porte à quelqu’un (cheers mate est pas mal en Angleterre). C’est avant tout et surtout découvrir les hommes et femmes de notre quotidien. 

 

 

 

 

La routine sociale rythme mes semaines. Elle se compose des activités récurrentes qui s’identifient au pays. En Angleterre l’archétype de la routine sociale est celui de la bière partagée dans un pub, avec vos amis, vos collègues ou vos “flatmates”. En Inde c’était la routine du teashop ou l’on pouvait fumer une clope achetée à l’unité en dégustant un chaï épicé. Toutes ces petites routines sont celles qui me manquent le plus au retour. 

Voyager c’est bien, mais voyager pour voyager peut s’avérer décevant est ennuyeux à long terme. Je préfère rester dans un milieu, le découvrir et m’y confondre plutôt que de courir derrière les temples et les pagodes recommandés par le saint guide. J’aime prendre le temps d’apprivoiser un nouveau quotidien. J’aime prendre mes marques, me créer une routine personnelle. Une routine sociale mais aussi une routine solitaire composée de promenades, de places favorites, de magasins fétiches, de jogging rituéliques. 

Une fois mon quotidien bien en chaire, il faut me débarrasser de l’inutile, du superflu, pour laisser place à l’aventure, à l’exploration, à l’inconnue. Il s’agit aussi de ne pas me laisser happer par mes occupations répétitives. Ne pas me sentir obligé là où je ne suis pas engagé. Tant que je ne dois rien à personne, courir les étoiles, vivre dehors, hors de mon confort…

 

 

 

La difficulté Britannique

L’Angleterre est séparée de la France par 50 km de Manche, pourtant ces deux pays sont culturellement distants. A premier abord, le Royaume-Uni ressemble à une société plutôt fermée où l’on ne peut pas tricher. Il est très compliqué d’être ami avec un anglais de la haute. Les British qui ont côtoyé une boarding school ou un collège restent fidèles à leur cercle.  Pour les autres classes, le jardin n’est pas forcément plus accessible. Ma cousine qui habite depuis quinze ans à Londres n’a pas un seul ami anglais. Des collègues oui, des voisins aussi, voire des relations mais pas de véritables amis. Je compare ici mon ressenti (ou ceux de mes amis français) avec mes autres expériences à l’étranger.  J’ai ensuite rapidement songé aux étrangers qui tentent de s’intégrer sur le sol français. En vérité, nos hôtes en France doivent éprouver le même ressenti que le mien sur le sol britannique.

D’un autre côté, les anglais sont très ouverts. Ils ne jugent pas ceux qui ne leur ressemblent pas. Ils sont compréhensifs et accueillants. Il est facile d’engager la conversation avec eux. Passer une soirée dans un pub à brayer des chants, à boire des pintes et à se raconter des histoires en compagnies de british est très agréable. Mais ce n’est pas de cette manière que l’on se fait de véritables amis. Ces compagnons de boisson resteront dans l’oubli de votre gueule de bois.  

Je pense pourtant avoir trouvé un filon à exploiter pour me lier avec quelques habitants de ces deux grandes îles. Le premier : me trouver un sport bien anglais dans un club bien anglais. Un club de sport reste un club après tout. Le deuxième : me dégoter un pub d’expatriés irlandais pour sympathiser avec l’IRA. J’ai toujours eu une amitié voire une affinité avec le peuple irlandais qui s’avère vérifiée par quelques soirées publicardes. Le dernier filon : me dégoter une petite anglaise, un filon efficace si j’en crois mes collègues français…

L’avantage de Londres c’est que l’on n’y voit pas que des britanniques la ville forme un joli melting pot de toutes les nationalités. Je partage un appartement dans une tour avec un italien, une française et un couple bresilio-sud-africain. De quoi faire un joli repas de coloc’ aux diverses saveurs interculturelles. Les rues sont remplies de pubs arborant fièrement l’effigie d’une nation étrangère. Les restaurants et fastfood sont bien souvent dotés d’une thématique culturelle, ce qui permet de ne pas subir trop souvent la culture culinaire anglaise.

 

 

Londres est une fête

Arriver en Angleterre au mois de décembre c’est la voie royale pour profiter des joies du pays. Le monde anglais avant Noël tourne autour de la fête. Chaque entreprise organise des Christmas party ou cocktails de fin d’année. Normalement je ne suis pas fan de ces petits évènements d’entreprise où l‘on fait semblant de s’amuser et où l’on adopte des airs faussement intéressés. Mais à Londres la fête, même en entreprise, est plus naturelle, plus fluides, plus décontractée. 

Chaque occasion est bonne pour fêter Noël. Pour ceux qui ne profitent pas de l’évènementiel en entreprise, n’ayez aucun regret. Vous pourrez profiter de l’ambiance tamisée d’un pub chaleureux. Un pianiste endiablé saura vous interpréter des comptines de Noël et des classiques anglais sur un air de Beatles. Noël, de nos jours, c’est bien plus que fêter la Nativité

Il faut savoir se réjouir de toutes les petites occasions dans ce monde.

 

 

 

La chute

Romain me souffle qu’il manque une chute à mon article. Le problème c’est que je ne suis qu’au début. Rien n’est terminé, tout est à creuser. Mon boulot, ma routine et mon intégration dans la vie londonienne sont quelques sujets parmi d’autres que j’ai commencé à déblayer sans trouver de véritables directions à prendre. 

Alors la chute serait peut-être de me dicter des bonnes résolutions pour ne pas prendre un mauvais tournant : Être à l’écoute, aiguiser ma sensibilité, accepter les propositions tout en gardant du temps pour moi, ne pas regarder plus de trois films par semaine, lire, lire et écrire.

 

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Mélissa 6 février 2020 - 10 h 49 min

Superbe !

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