[DEBAT] – Pourquoi jardiner à l’heure de la 5G ?

par Baudouin Duchange
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Chers lecteurs, commençons par désamorcer le piège caché dans le titre. Voulez-vous – oui ou non – ressembler aux personnages du monde de Wall-E ? Un monde Mcdoisé et esclave de la consommation des désirs par la technologie. Des tas de graisse motorisés ayant une seule fonction : acheter.


J’espère que tu n’es pas encore parti ! Cette introduction était bien entendu une provocation pour aguicher ta curiosité. « On rafale quand on ne sait pas viser » conseille Jul. Rafalons donc !

 

Wall-E

 

Jardiner contre la bétonnite 

Entre les deux guerres mondiales, les jeunes français partaient faire leur service militaire dans la ligne Maginot (immense mur construit à la frontière allemande pour éviter une nouvelle invasion des boches). A l’intérieur, la vie quotidienne se rapprochait de celle des navires de guerre. Ou plutôt d’un sous-marin puisque les troupes y étaient enfermées des jours durant sous la grande muraille française de béton. L’absence de lumière naturelle a brisé le cycle jour/nuit et a développé chez eux une étrange maladie, la bétonnite. Symptômes : Claustrophobie, sentiment d’étouffement, perte de raison, peur irrationnelle du réel.  

Ce mal nous le connaissons aujourd’hui tous. C’est celui qui nous attaque après une journée à nous hébéter devant les écrans. Lumière artificielle et cerveaux passifs, notifications et perte de concentration. Nos GSM sont partout : au travail, à la maison, dans nos poches. Et maintenant dans nos têtes, en permanence. « C’est nous qui la vendons, c’est toi qui la sniffes. Et tu kiffes ouais tu kiffes, tu tu tu kiffes » dénonce Booba. Et nous en voudrions encore plus ?

Askip l’enjeu de la 5G est économique. Les opposants, François Ruffin en tête de charge, brandissent des dangers sanitaires et écologiques inconnus. En tout état de cause, les écrans tuent notre désir d’agir, et donc notre créativité. Et la 5G accentuerait cela en augmentant le débit du réseau. Et quel est le but évident derrière tout cela : consommer du digital, acheter en ligne, mater du porno HD, se faire livrer chez soi. En d’autres termes : satisfaire des désirs le plus vite possible, sans entraves, sans bouger. « Les plaisirs faciles et violents sont une compensation ; c’est le rêve au lieu de l’ambition » écrivait la philosophe Simone Well dans Condition première d’un travail non servile. Voilà l’ambition humaniste du 21ème siècle : bouffer un kebab décongelé livré en 5 minutes sans interrompre sa série. Certains le nomment progrès, d’autres l’apogée de l’individualisme. Netflix, Uber-eats, Amazon, cette tendance à l’isolement social existe depuis maintenant plusieurs années. Mais elle a pris une toute autre mesure avec la crise sanitaire. 

 

Un monde connecté sans relations sociales ?

 

La dictature des sciences 

« Aujourd’hui j’ai le cœur presque en état d’urgence ». Et nous donc ! Si seulement Dalida était encore là pour chanter nos mélancolies du soir en période de confinement… Mais pas d’abattement ! Le couvre-feu est en effet intéressant à analyser. Seuls quatre ont été instaurés dans l’Histoire française récente pour des raisons militaires et utilisés localement. Pour la première fois, ce ne sont donc pas des considérations guerrières qui imposent l’usage de cette mesure d’état d’urgence, mais une contrainte nationale sanitaire ainsi qu’une volonté hygiéniste. Les dictatures auraient-elles changées de visages ? 

C’est la question que nous propose Michel Foucauld avec son concept de biopouvoir.

Pour lui, avant l’ère industrielle, le pouvoir des souverains s’exerçait juridiquement par un droit de « faire mourir ou de laisser vivre ». L’exercice du pouvoir politique s’est ensuite modifié pour passer d’un « droit de mort » à un pouvoir qui « gère la vie », un pouvoir sur la vie, un biopouvoir. L’on passe ainsi d’un gouvernement politique qui organise un territoire à une administration qui gère la vie d’une population. A ce jeu là, le soviétisme est probablement l’exemple le plus effrayant que je puisse trouver : personne n’est allé aussi loin et longtemps dans le dressage de sa population. 

L’objectif ? Gestion globale d’un peuple pour dresser les individus selon le modèle d’organisation de la société choisie. Comment ? En organisant chaque étape de la vie biologique d’un être humain (naissance, maladie, travail, famille, décès) pour mieux administrer la vie collective d’une nation. Le risque aujourd’hui : La dictature des scientifiques post-covid. La science et la médecine donnent aujourd’hui la norme, ce qu’on qualifierait de “technocratie”, c’est-à-dire un pouvoir d’experts. Elles définissent donc ce qui est bon. Les autres sont des parias (coucou les odieux anarchistes refusant le port du masque). Cette norme est un instrument de pouvoir pour contrôler les populations à des fins politiques, et dans le pire des cas à des fins dictatoriales. 

Pourtant, comme le rappelle Stefan Zweig « Plus l’Etat serre contre lui ses citoyens, moins ils l’aiment. (…) Toute force ne vient, en dernier ressort, que de la volonté libre; c’est pourquoi l’Etat doit considérer que, parmi toutes ses lois, celle de la liberté, de la liberté de mouvement, du libre choix et de la libre détermination de sa vie est l’essentiel pour chaque individu” (article paru dans la Neue Frei Press de Vienne le 6 mars 1919). Alors, comment sortir de l’étreinte étatique étouffante et malaisante ? En partant jardiner ! 

 

 

La révolte des jardiniers

Aujourd’hui, la révolution plébiscitée par la population porte un nom : écologie. Derrière ce terme, beaucoup de bonnes choses (coucou les conversions de fermes pétrochimiques en fermes naturelles), mais aussi bien des néfastes (coucou les EELV). Puisque chacun y met ce qu’il veut, moi, j’y place, avant toute chose, le jardinage ! Une bonne paire de gants, un vieux pantalon, c’est tout ce dont on a besoin pour jardiner loin des DATAs, des GAFAs, CORONA, et autres monstres en A. 

Alors pourquoi le jardinage ? Pour la gratuité parfaite de cette vocation. Bernanos s’écriait, à travers son personnage du curé d’Ambricourt, sur le ministère religieux, “ Ô doux miracle de nos mains vides ! ”. C’est exactement la définition du jardinage ! Donner une âme à un jardin en travaillant son corps terreux. Admirer, à force de patience, la puissante mélodie de la nature composant chaque jour une partition différente de la veille. Libérer un arbre d’une prison de lierres, le protéger d’une couronne de ronces. Le jardin est une joie tremblante, et nous, jardiniers de tous les pays, conscients de notre infinie inutilité, sommes de simples veilleurs de cette flamme vacillante à l’aube du 21ème siècle. Le temps presse, le béton gagne du terrain, et la 5G envahit le ciel. Peut-être même qu’un jour, comme St Exupéry dans sa dernière lettre, j’écrirais un ultime article avec ses mots : “Si je suis descendu, je ne regretterai absolument rien. La termitière future m’épouvante. Et je hais leur vertu de robots. Moi j’étais fait pour être jardinier”. En attendant, j’ai encore une plate-bande à bêcher !

 

Et toi, quelles relations entretiens-tu avec la nature ? N’hésite pas à nous le dire en commentaire 🙂

Baudouin Duchange

(Remerciements à la prof de philo Marie-Lou pour sa relecture sur le biopouvoir !)

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